Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/128

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


fille avec exaltation, l’œil étincelant et la lèvre frémissante ; Dieu, toujours, car, si indignes que nous soyons de sa pitié, il est bon ; il ne nous abandonnera peut-être pas.

— Comptez donc sur lui, folle que vous êtes, et dans deux jours vous serez morte.

— Non ! s’écria-t-elle avec joie, car il m’a entendue et nous envoie du secours !

Le bandit regarda et se laissa aller sur le sol en fermant les yeux et en murmurant d’une voix sourde ces mots qui depuis quelque temps montaient toujours de son cœur à ses lèvres par une force indépendante de sa volonté et qui le maîtrisait malgré lui :

— Dieu ! existerait-il donc ?

Terrible interrogation qu’il s’adressait sans cesse et à laquelle sa conscience bourrelée commençait à répondre au fond de son âme, dont le granit s’émiettait peu à peu sous les coups répétés du remords.

Mais Ellen ne remarqua pas l’état de prostration du Cèdre-Rouge ; elle s’était levée et élancée en avant, les bras étendus, criant aussi haut que sa voix le lui permettait :

— Au secours ! au secours !

La jeune fille avait cru, depuis quelques instants, entendre un certain bruissement dans le feuillage.

Ce bruit, d’abord éloigné et presque insaisissable, s’était rapidement approché ; bientôt des lueurs avaient brillé à travers les arbres, et les pas d’une nombreuse troupe de cavaliers avaient distinctement frappé son oreille.

En effet, à peine avait-elle fait quelques pas qu’elle se trouva en présence d’une dizaine d’Indiens à che-