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peut-être les soins que je vous ai prodigués ne sont-ils pas ceux que votre état réclame.

Le Cèdre-Rouge tourna vers elle sa tête pâle, une expression de tendresse brillait dans ses yeux éteints.

— Vous m’aimez donc, vous ? dit-il.

— N’est-ce pas mon devoir, mon père ?

Le bandit ne répondit pas, le sourire que nous lui connaissons plissa les coins de ses lèvres violettes.

— Hélas ! depuis longtemps je vous cherche, mon père ; cette nuit, le hasard m’a fait vous retrouver.

— Oui, vous êtes une bonne fille, Ellen. Je n’ai plus que vous à présent ; mes fils, que sont-ils devenus ? je l’ignore. Oh ! fit-il avec un mouvement de rage, c’est ce misérable Ambrosio qui est cause de tout ; sans lui je serais encore au paso del Norte, dans les forêts dont je m’étais rendu maître.

— Ne pensez plus à cela, mon père ; votre état réclame le plus grand calme, tâchez de dormir quelques heures, le sommeil vous fera de bien.

— Dormir ! dit le bandit, est-ce que je dors, moi ? Oh ! non, fit-il avec un mouvement de répulsion ; c’est la veille que je veux, au contraire ; quand mes yeux se ferment, je vois… Oh ! non, non, pas de sommeil !…

Il n’acheva pas.

Ellen le regardait avec une pitié mêlée de terreur.

Le bandit, affaibli par la perte de son sang et la fièvre occasionnée par ses blessures, sentait en lui s’éveiller un sentiment qui jusqu’alors lui avait été inconnu : il avait peur.

Peut-être sa conscience évoquait-elle sourdement les remords cuisants de ses crimes.

Il y eut un long silence.