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longtemps désolées ; ce n’est pas seulement une vaine vengeance que nous poursuivons, c’est une œuvre d’humanité : ce misérable déshonore le nom d’homme et la race à laquelle il appartient. Aujourd’hui, des nombreux brigands qui l’accompagnaient, quelques-uns à peine lui restent ; cette bande de malfaiteurs, qui était la terreur des prairies, n’existe plus, et bientôt leur chef lui-même, j’en ai la certitude, tombera en notre pouvoir. Soyez prêts, quand il le faudra, à nous venir en aide comme vous l’avez fait aujourd’hui ; d’ici là, regagnez vos villages ; croyez que, de près comme de loin, nous garderons le souvenir des services que vous nous avez rendus, et que, le cas échéant, vous pourrez compter sur nous, comme nous avons partout et toujours compté sur vous.

Après avoir prononcé ces paroles, auxquelles les Indiens applaudirent, Valentin se rassit.

Il y eut un silence assez long, employé par les Indiens à fumer consciencieusement leurs calumets.

Ce fut le Chat-Noir qui le premier rompit ce silence.

— Que mes frères écoutent, dit-il ; les paroles que souffle ma poitrine me sont inspirées par le maître de la vie ; le nuage qui obscurcissait mon esprit s’est fondu depuis que mes frères coras et comanches, ces deux nations si braves, m’ont rendu la place à laquelle j’avais droit au feu de leurs conseils ; l’Unicorne est un chef sage, son amitié m’est précieuse. J’espère que le Wacondah ne permettra jamais qu’il s’élève entre lui et moi, ainsi qu’entre mes jeunes hommes et les siens, d’ici mille et cinquante lunes, le moindre malentendu qui puisse rompre la bonne intelligence qui règne en ce moment.