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L’ÉCLAIREUR.

Et oubliant sa faiblesse et ses blessures, l’aventurier se leva résolument. Balle-Franche l’arrêta ; le vieux chasseur, débarrassé du poids qui pesait si lourdement sur sa conscience, avait repris toute son audace et toute sa liberté d’intelligence.

— Permettez, dit-il, nous avons affaire à forte partie, n’agissons pas à la légère, ne nous laissons pas tromper cette fois ; voici ce que je propose :

— Parlez, répondit don Leo.

— D’après ce que je connais de cette malheureuse histoire, vous avez, don Miguel, aidé par mon vieux camarade Bon-Affût, caché les deux jeunes filles dans un lieu que vous supposez hors des atteintes de votre ennemi.

— Oui, répondit l’aventurier, à moins d’une trahison.

— Il faut toujours soupçonner une trahison possible au désert, reprit brutalement le chasseur, vous en avez la preuve devant vous ; redoublons donc de prudence : don Miguel et sa cuadrilla vont, guidés par moi, se mettre immédiatement à la poursuite de don Stefano ; croyez-moi, le plus important pour nous est de nous assurer de la personne de notre ennemi, et, vive Dieu ! pour l’atteindre, je vous jure que tout ce qui est humainement possible de faire, je le ferai ; j’ai un terrible compte à régler avec lui maintenant, ajouta-t-il avec une expression de haine concentrée à laquelle personne ne se méprit.

— Mais les jeunes filles ? s’écria don Leo.

— Patience, don Miguel ; si vous aviez eu autant de forces que de volonté, c’eût été à vous que j’eusse réservé l’honneur de les aller chercher dans l’asile que vous leur avez si judicieusement choisi ; mais cette tâche serait trop rude pour vous ; laissez donc à Bon-Affût le soin de l’accomplir, soyez certain qu’il vous en rendra bon compte.

Don Leo de Torrès demeura un instant sombre et pensif ; Bon-Affût lui prit la main, et la lui serrant chaleureusement :