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L’ÉCLAIREUR.

devait en être ainsi que vous le dites, je ne me reprocherais pas aussi violemment d’avoir consenti à vous obéir. Non, non, don Mariano, j’aurais dû refuser. Morte la bête, mort le venin ! Savez-vous ce qu’a fait cet homme ? Dès qu’il s’est vu libre, grâce à moi, oubliant aussitôt que j’étais son sauveur, il a voulu traîtreusement m’arracher cette vie que je venais de lui rendre. Regardez la plaie béante de mon crâne, ajouta-il en enlevant d’un geste brusque le bandeau qui entourait sa tête, voilà la preuve de reconnaissance qu’il m’a laissée en se séparant de moi.

Tous les assistants poussèrent une exclamation d’horreur.

Balle-Franche raconta alors dans les plus grands détails, les événements qui s’étaient passés.

Les chasseurs l’écoutèrent avec attention ; lorsque son récit fut terminé, il y eut un instant de silence.

— Que faire ? murmura don Miguel avec tristesse ; tout est à recommencer à présent ; il ne manque pas dans la Prairie, de misérables avec lesquels cet homme puisse s’entendre.

Don Mariano, accablé par ce qu’il venait d’apprendre, restait sombre et silencieux, sans prendre part à la discussion, reconnaissant intérieurement la faute qu’il avait commise, mais ne se sentant pas le courage de l’avouer et d’assumer ainsi sur lui la responsabilité immense du jugement prononcé par les coureurs des bois.

— Il faut en finir, dit Bon-Affût, les moments sont précieux ; qui sait ce que fait ce scélérat pendant que nous délibérons ? Levons le camp au plus vite, rendons-nous auprès des jeunes filles, elles doivent être sauvées d’abord ; quant à nous, nous saurons bien déjouer les machinations criminelles de ce misérable lorsqu’elles s’adresseront directement à nous.

— Oui ! s’écria don Miguel, en route, en route ! Dieu veuille que nous arrivions à temps !