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L’ÉCLAIREUR.

ne pouvez avoir traité à notre préjudice avec ces chiens Apaches nos ennemis ! Une pareille supposition serait ridicule.

— J’ai fait pis.

— Oh ! oh ! Quoi donc alors ?

— J’ai…, hasarda Balle-Franche en hésitant.

— Quoi ?

Don Mariano s’interposa tout à coup.

— Silence, dit-il d’une voix ferme ; je devine ce que vous avez fait, et je vous en remercie ; c’est à moi qu’il appartient de vous justifier devant nos amis, laissez-moi le faire.

Tous les regards se fixèrent curieusement sur le gentilhomme.

— Caballeros, reprit-il, ce digne homme s’accuse devant vous, comme d’une trahison, d’avoir consenti à me rendre un service immense ; en un mot, il a sauvé mon frère !

— Il serait possible ! s’écria don Miguel avec violence.

Balle-Franche baissa affirmativement la tête.

— Oh ! dit l’aventurier ; malheureux, qu’avez-vous fait ?

— Je n’ai pas voulu être fratricide ! répondit noblement don Mariano.

Cette parole éclata comme la foudre au milieu de ces hommes au cœur de lion ; ils baissèrent instinctivement la tête, et se sentirent frissonner malgré eux.

— Ne reprochez pas à ce loyal chasseur, reprit don Mariano, d’avoir sauvé ce misérable. N’a-t-il pas été assez puni ? La leçon a été trop rude pour qu’elle ne lui profite pas. Forcé de se reconnaître vaincu, courbé sous la honte et les remords, il erre maintenant seul et sans appui sous l’œil tout puissant de Dieu, qui, lorsque son heure sera arrivée, saura bien lui infliger le châtiment de ses crimes ! Maintenant, don Estevan n’est plus à redouter pour nous ; jamais nous ne le retrouverons sur notre route.

— Arrêtez ! s’écria Balle-Franche avec véhémence : s’il