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L’ÉCLAIREUR.

— Vous ! s’écrièrent les assistants avec un accent de dénégation unanime en haussant les épaules.

— Oui, moi !

Ces deux mots furent prononcés du ton d’un homme dont la résolution est définitivement prise et qui accepte loyalement la responsabilité d’un acte qu’il reconnaît intérieurement blâmable.

Les assistants se regardèrent avec stupeur.

— Hum ! murmura Bon-Affût en secouant tristement la tête, il y a là-dessous quelque chose d’incompréhensible ; laissez-moi le soin de l’apprendre, continua-t-il en s’adressant à don Miguel qui semblait se préparer à adresser de nouvelles questions au chasseur ; je sais comment le faire parler.

L’aventurier y consentit d’un geste muet et se laissa retomber sur sa couche, tout en fixant un regard profondément interrogateur sur le Canadien.

Bon-Affût quitta la place que jusqu’à ce moment il avait occupée, et, s’approchant de Balle-Franche, il lui posa la main sur l’épaule. Le Canadien tressaillit à cet attouchement amical, redressa la tête et jeta un regard triste au vieux chasseur.

— Pardieu ! fit celui-ci avec un sourire, le diable m’emporte si les oreilles ne nous ont pas tinté tout à l’heure ! Voyons, Balle-Franche, mon vieux camarade, que s’est-il passé ? pourquoi cette mine effarée comme si le ciel était sur le point de nous tomber sur la tête ? que signifie cette prétendue trahison dont vous vous accusez et dont je garantis, moi qui vous connais depuis quarante ans, l’impossibilité flagrante.

— Ne vous avancez pas ainsi pour moi, frère, répondit Balle-Franche d’une voix creuse, j’ai manqué à la loi des Prairies, j’ai trahi, vous dis-je.

— Mais, au nom du diable, expliquez-vous alors ! Vous