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L’ÉCLAIREUR.

honte des peuples civilisés, remplacée par un froid égoïsme et une méfiance honteuse.

Don Estevan fut traité par les indiens aussi bien qu’il leur fut possible de le faire. Après qu’il eut bu et mangé autant que l’exigeaient ses besoins, Addick reprit la parole :

— Mon frère pâle veut-il m’entendre à présent ? dit-il ; ses oreilles sont-elles ouvertes ?

— Mes oreilles sont ouvertes, chef, je vous écoute avec toute l’attention dont je suis capable.

— Mon frère veut se venger de ses ennemis ?

— Oui, s’écria don Estevan avec violence.

— Mais ces ennemis sont forts, ils sont nombreux ; déjà mon frère a succombé dans la lutte qu’il a voulu soutenir contre eux ; un homme, quand il est seul, est plus faible qu’un enfant.

— C’est vrai, murmura le Mexicain.

— Si mon frère consent à accorder au Loup-Rouge et à Addick ce qu’ils lui demanderont, les chefs rouges aideront mon frère dans sa vengeance et s’engagent à la faire réussir.

Une rougeur fébrile empourpra le visage de don Estevan : un mouvement convulsif agita ses membres.

— Voto a brios ! murmura-t-il d’une voix sombre : quelle que soit la condition que vous me posiez, je l’accepte, si vous me servez comme vous me le dites.

— Que mon frère ne s’engage pas légèrement, reprit en ricanant l’Indien : cette condition, il ne la connaît pas encore ; peut-être regretterait-il de s’être trop avancé.

— Je vous répète, répondit fermement don Estevan, que je souscris à cette condition, quelle qu’elle soit ; faites-la moi donc connaître sans plus tarder.

Le cauteleux Indien hésita ou parut hésiter trois ou