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L’ÉCLAIREUR.

visiteurs ne sont pas admis, est affecté au logement de la famille du ohef. Un autre corps de bâtiment sert d’arsenal et renferme toutes les armes de la ville, telles que les flèches, les sagaies, les lances, les arcs et les boucliers indiens depuis les temps les plus reculés, les sabres, les épées et les fusils européens, dont, après les avoir tant redoutés, les aborigènes sont parvenus à se servir aussi bien que nous, si ce n’est mieux.

La plus grande curiosité sans contredit que renferme cet arsenal est un petit canon ayant appartenu à Cortez, et que ce conquérant fut forcé d’abandonner sur la grande chaussée, lors de sa retraite précipité de Mexico pendant la noche triste. Ce canon est encore aujourd’hui, pour les Indiens, un objet de vénération et de crainte, tant les souvenirs de la conquête sont restés palpitants au fond de leurs cœurs après tant d’années et de vicissitudes de toutes sortes.

Sur cette même place s’élève le fameux ciuatl-expan, ou palais des vestales. C’est là que, loin du regard des hommes, vivent et meurent les vierges du soleil. Nul homme, le grand-prêtre excepté, ne peut pénétrer dans l’intérieur de cet édifice réservé aux femmes vouées au soleil ; une mort affreuse châtierait immédiatement l’audacieux qui tenterait de transgresser cette loi. La vie des vestales indiennes a beaucoup de points de ressemblance avec celle des religieuses qui peuplent les couvents européens. Elles sont cloîtrées, font vœu de chasteté perpétuelle, et s’engagent à ne jamais adresser la parole à un homme, à moins que cet homme ne soit leur père ou leur frère ; et dans ce cas, ce n’est qu’à travers une grille et en présence d’une tierce personne qu’elles peuvent converser avec lui, en ayant bien soin de voiler leur visage.

Lorsque, dans les cérémonies, elles paraissent en public ou assistent aux fêtes religieuses dans le temple, elles sont