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L’ÉCLAIREUR.

sacrée. Par un artifice ingénieux, chaque matin les premiers rayons du soleil levant viennent frapper et font étinceler des feux les plus brillants cette splendide idole qui semble alors se vivifier et éclairer véritablement tout ce qui l’environne. Devant l’autel est placée la table des sacrifices, immense bloc de marbre ressemblant à un de ces menhirs druidiques si communs dans la vieille Armorique. C’est une sorte de table en pierre soutenue par quatre blocs de rocher. La table légèrement creusée au centre, est pourvue d’un conduit destiné à l’écoulement du sang des victimes. Disons vite que les sacrifices humains tendent chaque jour à se raréfier ; nous sommes heureusement loin du temps où pour faire la dédicace d’un temple on immolait en un seul jour, à Mexico, soixante mille victimes humaines ; maintenant ces sacrifices n’ont lieu que dans des circonstances tout à fait exceptionnelles, et alors les victimes sont choisies seulement parmi les condamnés à mort. Au fond du temple est une enceinte fermée par d’épais rideaux et interdite au peuple. Ces rideaux cachent l’entrée d’un escalier qui conduit aux vastes souterrains s’étendant sous tout le temple, et dans lesquels les prêtres seuls ont le droit de descendre. C’est dans l’endroit le plus secret et le plus retiré de ces souterrains que brûle sans interruption le feu sacré de Moctecuzoma[1]. Le seuil du temple est jonché de feuilles et de fleurs renouvelées chaque matin.

Sur la face sud de la place s’élève le tanamitec ou palais du chef.

Ce palais, dont le nom traduit littéralement signifie endroit entouré de murailles, n’est qu’une suite de salles de réception et d’immenses cours qui servent aux guerriers chargés de la défense de la ville, pour leurs exercices militaires. Un corps de bâtiments séparé, et dans lequel les

  1. Voir le Chercheur de pistes, 1 vol. in-12. Amyot, éditeur.