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L’ÉCLAIREUR.

trop longtemps ; pour cela nous ferons quelques pas en arrière, et nous reprendrons notre récit au moment où Addick, suivi des deux jeunes filles que don Miguel venait de lui confier, se dirigeait vers Quiepaa-Tani.

Un frisson de volupté inouïe parcourut le corps de l’Indien, dès qu’il se vit dans la plaine avec les jeunes filles, loin des regards inquisiteurs de don Miguel et de ceux plus clairvoyants encore de Bon-Affût. Son œil pétillant de plaisir courait de doña Laura à doña Louisa, sans pouvoir s’arrêter plus sur l’une que sur l’autre. Toutes deux il les trouvait si belles, qu’il ne se rassasiait pas de les contempler avec la frénétique admiration qu’éprouvent les Indiens à la vue des femmes Espagnoles, qu’ils préfèrent infiniment à celles de leurs tribus.

Or, tout en faisant remarquer cette particularité au lecteur, nous devons ajouter que, de leur côté, les Espagnols recherchent avidement les bonnes grâces des Indiennes auxquelles ils trouvent d’irrésistibles attraits. Est-ce l’effet d’une sage combinaison de la Providence, qui veut accomplir la fusion des deux peuples d’une façon complète ? Nul ne le sait ; mais ce qu’on ne peut mettre en doute, c’est qu’il est peu d’Espagnols de l’Amérique du Sud qui n’aient quelques gouttes de sang indien dans les veines.

Le jeune chef indien, en possession de ses deux captives — car c’est ainsi qu’il les considéra aussitôt qu’elles furent placées sous sa garde — avait d’abord songé à les conduire au milieu de sa tribu, sauf à savoir plus tard sur laquelle il jetterait son dévolu ; mais plusieurs raisons lui firent abandonner ce projet presque aussitôt qu’il l’eut conçu. D’abord, la distance à traverser pour gagner sa tribu était immense, il était peu probable qu’il parvint à la franchir en compagnie de deux femmes frêles et délicates qui ne pourraient supporter les fatigues sans nombre d’un voyage dans le désert ; d’un antre côté, la ville n’était qu’à deux