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L’ÉCLAIREUR.

mes amis ; il est dur pour un homme de mon âge, dont les cheveux sont blancs et qui devrait avoir de l’expérience, de s’entendre dire qu’il a agi comme un enfant, et qu’il n’est qu’un sot.

— Il vous faut pourtant prendre un parti.

— Je le sais bien ; voila justement ce qui me tourmente, d’autant plus qu’il est urgent que don Miguel et don Mariano soient avertis le plus tôt possible de ce qui est arrivé, afin de remédier aux suites de ma sottise.

— Écoutez, dit le chef, je comprends combien l’aveu qu’il vous faut faire vous répugne ; il est excessivement pénible pour un vieillard de courber la tête sous des reproches, quelque mérités qu’ils soient.

— Eh bien ?

— Si vous y consentez, je ferai moi, ce que vous avez tant de peine à vous résoudre à faire. Pendant que vous accompagnerez l’Églantine, j’irai trouver vos amis, les visages pâles ; je leur rapporterai ce qui s’est passé, je les mettrai en garde contre leur ennemi, et vous, vous n’aurez rien à redouter de leur colère.

À cette proposition du chef indien, le rouge de l’indignation empourpra le visage du chasseur.

— Non, s’écria-t-il avec véhémence, je n’ajouterai pas une lâcheté à ma faute ; je saurai subir les conséquences de mon action, tant pis pour moi ; je vous remercie, chef ; votre proposition part d’un bon cœur, mais je ne puis l’accepter.

— Mon frère est le maître.

— Hâtons-nous, s’écria le chasseur, nous n’avons perdu que trop de temps ; Dieu sait quelles peuvent être les conséquences de mon action et les malheurs qui peut-être en découleront, S’il m’est impossible de les prévenir, il est de mon devoir de faire tout pour en amoindrir la portée ;