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L’ÉCLAIREUR.

soyez béni ! je vais revoir mon enfant ! elle est sauvée !

— Elle est perdue si vous ne vous hâtez pas ! s’écria une voix sépulcrale.

Les trois hommes se retournèrent avec épouvante.

Balle-Franche, le visage pâle et ensanglanté, les habits déchirés et souillés de sang, se tenait droit et immobile à l’entrée de la tente dont il tenait le rideau soulevé.



XXIII.

L’Aigle-Volant.


Les Indiens, à cause de la vie qu’ils sont contraints de mener et de l’éducation qu’ils reçoivent, sont d’un caractère essentiellement défiant : habitués à se mettre constamment en garde contre tout ce qui les environne, à soupçonner les intentions en apparence les plus loyales, de cacher une trahison ou une perfidie, ils ont acquis une habileté peu commune pour deviner les projets des personnes avec lesquelles le hasard les met en rapport et déjouer les embûches tendues sous leurs pas par leurs ennemis.

Mahchsi-Karehde, nous l’avons dit déjà, était un guerrier expert, aussi sage au conseil que vaillant au combat, et qui, bien que très-jeune encore, jouissait à juste titre d’une grande réputation dans sa tribu.

Aussitôt que Bon-Affût, au nom de la loi de Lynch, eut prononcé la sentence de don Estevan, il y eut une espèce de désordre parmi les chasseurs qui rompirent leurs rangs et commencèrent à causer et à discuter vivement entre eux, ainsi que cela arrive toujours en pareil cas. L’Aigle-Volant profita de ce que l’attention était portée ailleurs et que personne ne songeait à lui pour faire à l’Églantine, dont