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L’ÉCLAIREUR.

vait placé aussi à propos dans l’échoppe de l’évangélista.

— Oh ! murmura don Mariano, cet homme était un monstre.

— Non, reprit don Leo ; les circonstances l’obligèrent à aller beaucoup plus loin qu’il n’aurait peut-être voulu ; rien ne prouve qu’il désirât la mort de votre fille.

— Que voulait-il donc alors ?

— Votre fortune ; en contraignant doña Laura à prendre le voile, il atteignait son but ; malheureusement, comme cela arrive toujours lorsqu’on s’engage dans cette voie épineuse qui fatalement aboutit au crime, bien qu’il eût froidement calculé toutes les chances de réussite, il ne pouvait prévoir mon intervention dans l’exécution de ses projets, intervention qui devait le faire échouer et l’obliger à commettre un crime afin d’assurer leur réussite. Doña Laura, persuadée que la protection de don Francisco ne lui faillirait pas, suivais scrupuleusement les conseils que je lui faisais parvenir dans les billets que je lui écrivais au nom de l’ami auquel elle s’adressait ; quant à moi, je me tenais prêta agir aussitôt que le moment serait venu. Je n’entrerai dans aucuns détails à ce sujet. Doña Laura refusa, dans l’église même, de prononcer ses vœux : le scandale fut extrême ; l’abbesse, furieuse, résolut d’en finir. La malheureuse jeune fille, endormie au moyen d’un puissant narcotique, fut toute vivante plongée au fond d’un in pace dans lequel elle devait mourir de faim.

— Oh ! s’écrièrent les deux hommes en tressaillant d’horreur.

— Je vous répète, continua don Leo, que je ne crois pas don Estevan capable de cette barbarie ; il en fut probablement le complice indirect, mais rien de plus : l’abbesse fut seule coupable. Don Estevan accepta les faits accomplis, il en profita, rien de plus ; nous devons le supposer ainsi pour l’honneur de l’humanité ; autrement cet homme serait