Page:Aimard - L’Éclaireur, 1860.djvu/244

Cette page n’a pas encore été corrigée
234
L’ÉCLAIREUR.

remettras le billet de la jeune fille, je te permets de le faire voir aussi à cet homme ; seulement » retiens bien ceci : aucune des réponses écrites par l’individu qui sort d’ici ne doit être remise par toi à la jeune fille avant que je ne l’aie lue ; je ne suis pas aussi riche que cet étranger, cependant je te payerai convenablement ; tu me connais. Je n’ai plus qu’une chose à te dire, : c’est que si tu me trahis, je te tuerai comme un chien. Je sortis. En refermant la porte, j’entendis l’évangélista murmurer à demi-voix : — Santa virgen ! dans quel guêpier me suis-je fourré ! Maintenant, voici la clef de ce mystère : la jeune fille que j’avais rencontrée chez l’évangélista était novice au couvent des Bernardines, où se trouvait votre fille ; doña Laura, ne sachant à qui se fier, l’avait chargée de faire parvenir à don Francisco de Paulo Serrano…

— Mon beau-frère, son parrain ! s’écria don Mariano.

— Celui-là même, continua don Leo ; elle avait, dis-je, chargé doña Louisa, son amie, de faire parvenir au señor Serrano des billets dans lesquels elle lui révélait les machinations criminelles de son oncle, les persécutions auxquelles elle était en butte, en le suppliant, comme le meilleur ami de son père, de venir à son secours et de la prendre sous sa protection.

— Oh ! ma pauvre fille ! murmura don Mariano.

— Don Estevan, reprit don Léo, par je ne sais quel moyen avait appris les intentions de votre fille ; afin de bien connaître ses projets et le moment venu de pouvoir les renverser, il feignit de tout ignorer, laissa la jeune fille porter les lettres à l’évangélista, lisant les copies et faisant lui-même les réponses, par la raison toute simple que don Francisco ne recevait pas les lettres de votre fille, parce que don Estevan avait gagné son valet-de-chambre qui les lui rendaient toutes cachetées ; cette habile perfidie aurait réussi sans nul doute si le hasard ou plutôt la Providence ne m’a-