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L’ÉCLAIREUR.

— Et si je ne veux pas jurer ?

— Alors c’est différent, je vous abandonne ; et comme cela sera arrivé par votre faute, je me considérerai comme entièrement quitte envers vous.

— Oh ! oh ! Mais en admettant que j’accepte les dures conditions que vous me posez, encore faut-il savoir comment nous voyagerons ; la route est longue d’ici aux Établissements, je ne suis guère en état de la faire à pied.

— C’est vrai, mais que cela ne vous inquiète point ; j’ai laissé mon cheval dans un fourré à quelques pas d’ici près du Rubio ; eh bien ! vous le monterez jusqu’à ce que je puisse m’en procurer un autre.

— Et vous ?

— Moi, je suivrai à pied ; nous autres chasseurs, nous sommes aussi bons piétons que cavaliers ; voyons, décidez-vous.

— Eh ! mon Dieu, il faut bien faire ce que vous désirez.

— Oui, je crois que c’est le plus sûr pour vous ; donc, vous consentez à faire le serment que je vous demande ?

— Je ne vois pas le moyen de m’en tirer autrement. Mais, fit-il tout-à-coup, que se passe— t-il donc là dans ce taillis ?

— Où cela ? dit le chasseur.

— Là, reprit don Estevan, en étendant le bras dans la direction d’un épais massif de broussailles.

Le chasseur se retourna vivement vers l’endroit que lui désignait le Mexicain.

Celui-ci ne perdit pas de temps : saisissant par l’extrémité du canon le pistolet avec lequel il avait continué à jouer, il le leva rapidement, et déchargea un coup de la crosse sur le crâne du chasseur : ce coup fut porté avec tant de force et de précision, que Balle-Franche étendit les bras, ferma les yeux, et roula sur le sol en poussant un profond soupir.