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L’ÉCLAIREUR.

— Don Estevan, dit-il d’une voix grave et solennelle, les hommes vous ont condamné ; priez Dieu afin qu’il vous fasse miséricorde, car vous n’avez plus d’autre espoir que lui, maintenant.

Puis les chasseurs et les gambucinos remontèrent a cheval, éteignirent les torches et disparurent dans les ténèbres comme une légion de noirs fantômes.

Le condamné demeura seul dans les ténèbres que ses remords peuplaient de spectres hideux.

Le cou allongé, les yeux démesurément ouverts, l’oreille an guet, il regardait, il écoutait.

Tant qu’il entendit résonner au loin les pas des chevaux des gambucinos qui s’éloignaient, un fol espoir demeura au fond de son âme, il attendait, il espérait.

Qu’attendait il ? qu’espérait-il ? Lui-même n’aurait pu le dire ; mais l’homme est ainsi fait.

Peu à peu, tous les bruits s’éteignirent, et don Estevan se trouva enfin seul, au milieu d’un désert inconnu, sans secours d’aucune espèce à attendre de qui que ce fût.

Alors il poussa un profond soupir, referma la main sur la crosse du pistolet et appuya l’anneau glacé du canon sur sa tempe, en murmurant une dernière fois le nom de ses enfants.

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Cependant les gambucinos s’étaient éloignés en proie à ce sentiment de malaise indéfinissable qui, malgré lui, serre le cœur de l’homme lorsqu’il vient d’accomplir un acte dont tout en reconnaissant la nécessité et même la stricte justice, il sait qu’il n’avait peut-être pas le droit de prendre l’initiative.

Nul ne parlait, tous les fronts étaient inclinés ; ils venaient sombres et pensifs aux côtés les uns des autres, n’osant pas se communiquer leurs pensées et prêtant malgré eux l’oreille aux bruits mystérieux de la solitude.