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L’ÉCLAIREUR.

venir. Dans l’état d’agitation et de surexcitation où se trouvaient les gambucinos, nul ne remarqua ce départ, le bruit des pas de plusieurs chevaux qui s’éloignaient ne fut même pas entendu.

Don Estevan seul s’aperçut de cet enlèvement dont il comprit la portée.

— Je suis perdu ! murmura-t-il.

Bon-Affût fit un geste, le silence se rétablit comme par enchantement.

— Quelle peine a mérité le coupable ? dit-il.

— La mort ! répondirent les assistants comme un écho funèbre.

Alors se tournant vers le condamné, le chasseur reprit :

— Don Estevan de Real del Monte, venu au désert dans des intentions criminelles, vous êtes tombé sous le coup de la loi du Lynch ; la loi du Lynch est la loi de Dieu : œil pour œil, dent pour dent, elle n’admet qu’une peine, celle du talion. C’est la loi primitive des anciens jours rendue à l’humanité. Vous aviez condamné une malheureuse jeune fille à être enterrée vive, et à mourir de faim. Vous allez être enterré vif, pour mourir de faim ; seulement, comme vous pourriez longtemps appeler la mort avant qu’elle daignât vous répondre, nous vous donnerons les moyens de faire cesser vos souffrances lorsque le courage vous manquera pour les endurer davantage. Nous sommes plus cléments que vous ne l’avez été vous-même envers votre malheureuse victime, vous ne serez enterré que jusqu’aux aisselles ; votre bras gauche sera laissé libre, et à votre portée on placera un pistolet afin que vous puissiez vous faire sauter la cervelle lorsque vous aurez assez souffert. J’ai dit. Cette condamnation est-elle juste ? ajouta-t-il en s’adressant aux assistants.

— Oui, dirent-ils d’une voix basse et concentrée, œil pour œil, dent pour dent.