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L’ÉCLAIREUR.

ment de surprise qui n’échappa pas à don Estevan : satisfait de l’effet qu’il croyait avoir produit, il continua :

Le misérable avait jugé la question du premier coup d’œil : ne pouvant pas complètement s’innocenter, il résolut de tourner la difficulté, ce qu’il comptait faire d’autant plus facilement que le seul qui aurait pu le démentir était incapable de l’entendre, et par conséquent de lui imposer silence, en rétablissant les faits sous leur véritable jour. Prenant alors une physionomie placide :

— Mon Dieu, dit-il avec bonhommie, nul de nous n’est infaillible ; qui ne se trompe pas au moins une fois dans sa vie ? Loin de moi la pensée de chercher à amoindrir ce que l’action qu’on me reproche a d’odieux ; oui, j’ai menti à la foi jurée ; j’ai trompé mon frère, l’homme auquel je devais tout. Vous voyez, caballeros, que je fais bon marché de moi-même et que je n’essaie nullement de me disculper ; mais, de cette faute à commettre un crime, il y a un abime, et, grâce à Dieu, le reproche d’assassinat ne peut m’être fait, et je renvoie à qui de droit la responsabilité de cet acte inqualifiable.

— Mais à qui donc alors ? lui demanda don Miguel, étonné malgré lui et effrayé de l’astuce de cet homme.

— Eh ! mon Dieu, reprit-il avec un aplomb imperturbable, j’en rendrai responsables les gens trop zélés, qui toujours comprennent beaucoup plus qu’ils ne devraient comprendre, et qui, soit par convoitise, soit pour tout autre motif, vont toujours plus loin qu’il ne le faudrait ; certes, je l’avoue, je désirais m’emparer de la fortune de mon frère, mais je prétendais en devenir maître par les voies légales.

Les gambucinos, tous hommes de sac et de corde, doués d’une conscience extraordinairement élastique, qui, naturellement, les rendait fort peu scrupuleux en fait d’actions plus ou moins répréhensibles, étaient cependant épouvan-