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L’ÉCLAIREUR.

— Cet homme n’est pas réellement blessé, répondit l’Indien, il a reçu seulement une contusion sérieuse à la tête qui l’a plongé dans une espèce d’évanouissement léthargique, dont il ne sortira pas avant une heure.

— Fort bien ; et en se réveillant, dans quel état se trouvera-t-il ?

— Il sera très-faible, mais peu à peu cette faiblesse se dissipera, et demain il sera aussi bien portant qu’avant le coup qu’il a reçu.

Un sourire amer plissa les lèvres de don Mariano.

— Priez ce chasseur, votre ami, d’approcher, dit-il, j’ai à vous parler à tous deux ; un service à vous demander.

Le chef obéit.

— Me voici à vos ordres, seigneurie, dit Ruperto.

— Nous allons tenir conseil, reprit alors don Mariano ; n’est-ce pas la locution dont vous vous servez au désert lorsque vous avez à traiter d’affaires sérieuses ?

Le chasseur et l’Indien firent un geste affirmatif.

— Écoutez-moi avec attention, continua le gentilhomme d’une voix ferme et accentuée : l’homme qui est là est mon frère, cet homme doit mourir ; je ne veux pas le tuer, je veux le juger ; vous tous ici présents serez ses juges, moi je l’accuserai. Voulez-vous m’aider à accomplir, non pas un acte de vengeance, mais un acte de la plus rigoureuse justice ? Je vous le répète, je l’accuserai devant vous présents, et, pièces en main ; votre conscience sera éclairée ; cet homme pourra se défendre, liberté entière lui sera laissée pour cela devant vous, de plus vous serez libres de le condamner ou de l’absoudre, suivant que vous le trouverez innocent ou coupable. Vous m’avez entendu, réfléchissez, j’attends votre réponse.

Il y eut un silence suprême.

Après quelques minutes, Ruperto prit la parole.

— Dans le désert, où ne pénètre pas la justice humaine,