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L’ÉCLAIREUR.

mort ; la balle du chasseur lui était entrée dans le crâne par l’œil droit et l’avait foudroyé.

Cependant, au hurlement du fauve et à la détonation du rifle de Balle-Franche, don Miguel avait ouvert les yeux il s’était brusquement relevé sur le coude droit, et le regard effaré, les traits contractés par une émotion étrange et terrible qui empourprait son visage.

— À moi ! à moi ! cria-t-il d’une voix tonnante.

— Me voila ! s’écria Balle-Franche, en accourant et l’obligeant à se recoucher.

Don Miguel le regarda.

— Qui êtes-vous ? lui dit-il, au bout d’un instant, que me voulez— vous ? Je ne vous connais pas.

— C’est juste, répondit imperturbablement le chasseur, qui lui parlait comme à un enfant, mais vous me connaîtrez bientôt, soyez tranquille ; pour le moment, qu’il vous suffise de savoir que je suis un ami.

— Un ami ! répéta le blessé, qui cherchait à remettre de l’ordre dans ses idées encore confuses et couvertes d’un épais bandeau, quel ami ?

— Pardieu ! fit le chasseur, vous ne devez pas les compter par milliers je suppose ; je suis votre ami depuis quelques heures, je vous ai sauvé au moment où vous alliez mourir.

— Mais tout cela ne me dit rien, ne m’apprend rien. Comment suis-je ici, comment vous y trouvez-vous ?

— Voilà bien des questions à la fois, il m’est impossible d’y répondre. Vous êtes blessé, et votre état vous interdit toute conversation. Voulez-vous boire ?

— Oui, répondit machinalement don Miguel.

Balle-Franche lui tendit sa gourde.

— Mais, reprit-il au bout d’un instant, je n’ai pas rêvé cependant.

— Qui sait ?