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L’ÉCLAIREUR.

— Vous avez, ma foi raison, Balle-Franche, votre conseil est excellent, je vais le mettre immédiatement à exécution ; je serai tout au plus absent pendant deux heures, veillez bien, car nous ne savons qui sont les gens qui rôdent aux environs et probablement espionnent nos démarches.

— Soyez tranquille, Bon-Affût, je ne suis pas un de ces hommes qui se laissent surprendre ; ainsi, tenez, je me souviens d’une aventure qui m’arriva à peu près dans les mêmes conditions que celles où nous nous trouvons aujourd’hui. Il y a longtemps de cela, c’était en 1824, j’étais tout jeune alors, et je….

Mais, Bon-Affût, qui voyait avec effroi poindre une des interminables histoires de son ami, se hâta de l’interrompre sans cérémonie, en disant :

— Pardieu ! je vous connais de longue date, Balle-Franche, et je sais quel homme vous êtes, aussi je m’en vais parfaitement tranquille.

— C’est égal, insista le chasseur, si vous me laissiez vous expliquer…

— Inutile, inutile, mon ami ; d’un homme de votre trempe et de votre expérience les explications sont oiseuses, interrompit Bon-affût en se jetant vivement en selle et s’éloignant à toute bride.

Balle-Franche le suivit longtemps des yeux.

— Hum ! fit-il d’un ton pensif, Dieu m’est témoin que cet homme est une des plus excellentes créatures qui existent ; je l’aime comme un frère, eh bien, je ne pourrai jamais lui faire comprendre combien il est utile et précieux de conserver dans sa mémoire le souvenir des choses passées, afin de ne pas se trouver embarrassé lorsque surgit tout à coup une de ces difficultés si fréquentes dans la vie du désert ; enfin, à la grâce de Dieu !

Et il se remit à examiner le blessé avec cette sollicitude intelligente qu’il n’avait jusque-là cessé de lui témoigner.