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L’ÉCLAIREUR.

XV.

Retour à la vie.


Cependant, avec les premières lueurs du matin, l’ouragan terrible qui avait si cruellement sévi pendant la nuit presque tout entière s’était peu à peu calmé ; le vent avait balayé le ciel et emporté au loin les nuages sombres qui plaquaient de taches noirâtres le bleu de l’éther ; le soleil se levait majestueusement dans des flots de lumière ; les arbres, rafraîchis par la tempête ; avaient repris ce vert mat que souillait la veille le sable poussiéreux du désert, et les oiseaux, dont les innombrables myriades se cachaient frileusement sous l’épaisse feuillée du couvert, entonnaient à plein gosier l’harmonieux concert que chaque matin, au réveil de la nature, ils chantent au Très-Haut ; hymne sublime et grandiose, harmonie saisissante dont le rhythme, plein de naïves mélodies, fait doucement rêver l’homme perdu dans ces océans de verdure, et le plonge à son insu dans la mélancolique rêverie de l’espoir dont la réalisation est au ciel.

Ainsi que nous l’avons dit, don Miguel Ortega sauvé grâce au courage à toute épreuve et à la présence d’esprit des deux coureurs des bois, avait été transporté par eux au pied d’un arbre où ils l’avaient étendu.

Le jeune homme était évanoui. Le premier soin des chasseurs fut de rechercher ses blessures. Il en avait deux, une au bras droit, l’autre à la tête. Aucune des deux n’était dangereuse. La blessure du bras saignait beaucoup ; une balle avait déchiré les chairs, mais sans occasionner de rupture d’os ni aucun autre accident grave. Quant à la blessure de la tête, produite évidemment par un instrument tranchant, les cheveux s’étaient déjà collés dessus et avaient arrêté l’hémorragie.