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L’ÉCLAIREUR.

profond des bois, trois cavaliers laissèrent le gué del Rubio et s’engagèrent résolument dans la sente que devait quelques heures plus tard suivre don Miguel Ortega.

Ces cavaliers étaient des blancs, et qui plus est des Mexicains ; il était facile de reconnaître, au premier abord, qu’ils n’appartenaient ni de près ni de loin à aucune des classes d’aventuriers qui, sous des dénominations différentes, telles que trappeurs, chasseurs, coureurs des bois, gambucinos ou pirates, pullulent dans les Prairies de l’Ouest, qu’ils parcourent incessamment dans tous les sens.

Le costume de ces cavaliers était celui porté habituellement par les hacienderos mexicains des frontières : le feutre à large bord galonné et garni de la toquilla, la manga, les calzoneras de velours ouvertes au genou, le zarape, les botas vaqueras et les armas de agua, sans lesquelles nul ne se hasarde au désert. Ils étaient armés de rifles, revolvers, navaja et machete. Leurs chevaux, en ce moment accablés par la chaleur mais rafraîchis un peu au passage du gué, avaient les jambes fines, redressaient fièrement la tête et montraient qu’au besoin ils auraient pu, quelle que fut leur fatigue apparente, fournir une longue course.

Des trois cavaliers, l’un paraissait être le maître ou du moins le supérieur des deux autres.

C’était un homme d’une cinquantaine d’années, aux traits durs, accentués, mais empreints d’une rare franchise et d’une grande énergie ; sa taille était haute, bien prise, vigoureusement charpentée, il se tenait droit et roide sur sa selle avec cette prestance assurée qui dénote les vieux soldats.

Ses compagnons appartenaient à la classe des Indios mansos, race abâtardie dans laquelle le sang indien et