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L’ÉCLAIREUR.

Un bienveillant sourire plissa les lèvres du chasseur.

— L’Églantine aime mon frère, dit-il doucement, le petit oiseau qui chante au fond de son cœur l’aura guidé sur les traces du chef ; Mahchsi-Karehde a-t-il oublié le chant avec lequel il l’appelait à ses rendez-vous d’amour dans la tribu ?

— Le chef n’a rien oublié.

— Qu’il appelle donc alors ?

L’Indien ne se fit pas répéter cette invitation ; le cri du Walkon s’éleva dans le silence.

Au même instant on entendit un froissement de branches, et une jeune femme, bondissant comme une biche effrayée, vint tomber haletante dans les bras du guerrier indien qui s’étaient ouverts pour la recevoir. Cette étreinte n’eut que la durée d’un éclair ; le chef, honteux sans doute devant un blanc, bien que ce blanc fût son ami, du mouvement de tendresse auquel il s’était laissé entraîner, repoussa froidement la jeune femme en lui disant d’une voix dans laquelle ne perçait aucune trace d’émotion :

— Ma sœur est sans doute fatiguée, nul danger ne la menace en ce moment ; elle peut dormir, des guerriers veilleront sur elle.

— L’Églantine est une fille comanche, répondit-elle d’une voix timide, son cœur est fort, elle obéira à Mahchsi-Karedbe (l’Aigle-Volant) ; sous la protection d’un chef aussi redoutable elle sait qu’elle est en sûreté.

L’Indien lui lança un regard empreint d’une indicible tendresse ; mais reprenant presque aussitôt cette apparente impassibilité dont les Peaux-Rouges ne se départent jamais :

— Les guerriers veulent tenir conseil, que ma sœur dorme, dit-il.

La jeune femme ne répliqua point, elle s’inclina respectueusement devant les deux hommes, et, s’éloignant de