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L’ÉCLAIREUR.

connu cramponné à la bride de son cheval et se laissant emporter par lui.

Puis sur l’autre rive, le corps penché en avant, un homme, le rifle épaulé prêt à tirer.

— Chacun le sien dit laconiquement Bon-Affût.

— Bien, répondit non moins brièvement Balle-Franche.

Le Canadien prit la réata pendue à l’arçon de sa selle, la lova dans sa main et la faisant tourner autour de sa tête, il attendit la lueur du prochain éclair.

Son attente ne fut pas longue, mais si rapide qu’elle eût été, Balle-Franche avait profité de cette lueur passagère pour jeter la reata. La corde de cuir s’échappa en sifflant et le nœud coulant qui la terminait s’abattit sur le cou du cheval qui luttait si courageusement contre le torrent.

— Courage ! courage ! cria Balle-Franche. À moi, Bon-Affût ! à moi !

Et donnant une forte secousse à son cheval, il le fit volter sur les jambes de derrière, au moment où il allait perdre pied, et le lança vers la rive.

— Me voici ! répondit Bon-Affût, qui guettait l’occasion de faire feu, patience ! j’arrive.

Tout à coup il pressa la détente, le coup partit, de l’autre rive un cri de colère et de douleur arriva jusqu’aux chasseurs.

— Il est touché ! dit Bon-Affût, demain je saurai qui est ce drôle, et, rejetant son rifle derrière lui, il lança son cheval au-devant de Balle-Franche.

Le cheval que le Canadien avait lacé se sentant soutenu et entraîné au rivage, seconda avec l’intelligence que possèdent ces nobles animaux, les efforts que l’on faisait pour le sauver.

Les deux chasseurs s’étaient attelés à la reata. Les forces réunies de leurs montures, aidées par le cheval lacé parvinrent à rompre le courant, et après une lutte de quelques