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L’ÉCLAIREUR.

bon vous semblera ; j’ai fait mon devoir en vous interrogeant, Dieu veuille que vous fassiez le vôtre en sortant ainsi.

— Bientôt vous le saurez. Un mot encore.

— J’écoute.

— Notre absence, si Dieu le veut, sera de courte durée, sinon, au lever du soleil nous serons de retour ; cependant faites bien attention à cette recommandation : si vous entendez trois fois le cri du jaguar répété à intervalles égaux, montez à cheval en toute hâte et arrivez, non pas vous seulement, mais suivi d’une dizaine de vos compagnons, car si vous entendez ce cri, c’est qu’un grand péril menacera votre cuadrilla. M’avez— vous bien compris ?

— Parfaitement.

— Et vous ferez ce que je vous recommande ?

— Je le ferai parce que je sais que vous êtes le guide que nous attendons et qu’une trahison n’est pas à redouter de votre part.

— Bien, au revoir.

— Bonne chance.

Les chasseurs sortirent, la barrière fut immédiatement refermée derrière eux.

À peine les coureurs des bois débouchaient-ils dans la Prairie que l’ouragan qui menaçait depuis le coucher du soleil éclata avec fureur.

Un fulgurant éclair traversa l’espace, suivi presque instantanément d’un effroyable coup de tonnerre ; les arbres se courbèrent sous l’effort du vent et la pluie commença à tomber à torrents.

Les aventuriers n’avançaient qu’avec d’extrêmes difficultés au milieu de l’horrible chaos des éléments en fureur ; leurs chevaux, effrayés par les mugissements de la tempête, buttaient et se cabraient à chaque pas. Les ténèbres étaient devenues tellement épaisses que bien que marchant côte à côte, les deux hommes avaient peine à se voir. Les arbres,