Page:Aimard - L’Éclaireur, 1860.djvu/117

Cette page n’a pas encore été corrigée
107
L’ÉCLAIREUR.

— Eh ! je sais cela aussi bien que vous, mon ami ; je sais aussi que l’arme la plus redoutable est celle qui se cache.

—C’est-à-dire la trahison.

Le Canadien tressaillit.

— Redoutez-vous donc une trahison ? demanda-t-il.

— Que puis-je craindre autre ?

— C’est vrai, fit le chasseur en baissant la tête ; mais, qjouta-t-il au bout d’un instant, que faire ?

— Voilà justement ce qui m’embarrasse ; je ne puis pourtant demeurer plus longtemps ainsi : l’inquiétude me tue ; quoi qu’il arrive, je veux savoir ce qui s’est passe.

— Mais de quelle façon ?

— Je ne sais, Dieu m’inspirera.

— Cependant vous avez une idée ?

— Certes, j’en ai une.

— Laquelle ?

— La voici, je compte même sur vous pour m’aider à la mettre à exécution.

Balle-Franche serra affectueusement la main de son ami.

— Vous avez raison, dit-il ; voyons votre idée.

— Elle est bien simple : nous allons quitter le camp à l’instant même, et battre dans tous les sens les abords de la rivière.

— Oui ; seulement je vous ferai observer que l’orage en tardera pas à éclater, déjà la pluie tombe en larges gouttes.

— Raison de plus pour nous hâter.

— C’est juste.

— Ainsi vous m’accompagnez ?

— Pardieu ! en doutiez-vous, par hasard ?

— Je suis un niais ; pardonnez-moi, frère, et merci.

— Pourquoi donc ? c’est moi, au contraire, qui vous remercie.

— Comment cela ?