Page:Aimard - L’Éclaireur, 1860.djvu/116

Cette page n’a pas encore été corrigée
106
L’ÉCLAIREUR.

— La nuit est avancée, dit-il à voix basse, un orage terrible se prépare ! où peut-être allé don Miguel ? Cette absence prolongée m’inquiète plus que je ne saurais dire ; il n’est pas homme à abandonner ainsi ses compagnons sans une raison bien puissante, ou peut-être…

Le chasseur s’arrêta en hochant tristement la tête,

— Continuez, fit Balle-Franche, dites votre pensée tout entière.

— Eh bien, je crains qu’il ne lui soit arrivé malheur.

— Oh ! oh ! croyez-vous ? Ce don Miguel est cependant, d’après ce que j’ai entendu dire, un hombre de a caballo d’un courage à toute épreuve et d’une force peu commune.

— Tout cela est vrai, répondit Bon-Affût d’un air préoccupé.

— Eh bien, pensez-vous donc qu’un tel homme bien armé et connaissant la vie de la Prairie ne soit pas de taille à se tirer d’un mauvais pas, quelque danger qui le menace ?

— Oui, s’il a affaire à un adversaire loyal, qui se place résolument devant lui et entame une luttte à armes égales.

— Quel autre péril peut-il craindre ?

— Balle-Franche, Balle-Franche ! reprit le chasseur avec tristesse, vous avez trop longtemps habité les comptoirs des marchands de pelleteries du Missouri.

— Ce qui veut dire ?… demanda le Canadien d’un ton piqué.

— Eh ! mon ami, ne vous fâchez pas de mon observation ; mais il évident pour moi que vous avez en grande partie oublié les mœurs du désert.

— Hum ! ceci est grave pour un chasseur, Bon-Affût, et en quoi, s’il vous plaît, ai-je oublié les mœurs du désert ?

— Pardieu ! en ce que vous ne semblez plus vous souvenir que, dans la contrée ou nous sommes, toute arme est bonne pour se défaire d’un ennemi.