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LA MINERVE

A ton revers admire une reprise :
C’est encore un doux souvenir.
Feignant, un soir, de fuir la tendre Lise,
Je sens sa mais me retenir.
On te déchire et cet outrage
Auprès d’elle enchaîne mes pas.
Lisette a mis deux jours à tant d’ouvrage.
Mon vieil ami ne nous séparons pas.

T’ai-je imprégné des flots de musc et d’ambre
Qu’un fat exhale en se mirant ?
M’a-t-on jamais vu dans une antichambre
T’exposer aux mépris d’un grand ?
Pour des rubans, la France entière
Fut en proie à de longs débats;
La fleur des champs brille à ta boutonnière.
Mon vieil ami, ne nous séparons pas.

Ne crains plus tant ces jours de courses vaines,
Où notre destin fut pareil;
Ces jours mêlés de plaisirs et de peines,
Mêlés de plaie et de soleil.
Je dois bientôt, il me le semble,
Mettre pour jamais habit bas !
Attends un peu ; nous finirons ensemble.
Mon vieil ami, ne nous séparons pas.
 

P.-J. DE BÉRANGER