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LA MINERVE

blesser aucune convenance, relever des erreurs d’autant plus dangereuses qu’elles paraissent sous la protection d’un talent supérieur. YoUdfàit-on réclamer un privilége spécial en faveur des ouvrages posthumes ? celte prétention, serait peu fondée. Ces sortes de livres, qui ressemblent quelquefois au testament de César, entrent., comme les autres, dans -le domaine de la critique, surtout lorsqu’ils traitent de matières d’un intérêt général, et qu’ils contiennent des idées fausses, dotit l’ésprit de parti pourrait abuser. D’ailleurs l’ouvrage de madame de Staël étant resté incomplet, il est raisonnable de snpposer qu’avant de le livrer au public, elle en eût revu avec soin les diverses parties, et qu’elle en eut fait disparaître quelques opinions trop légèrement hasardées et certains jugemens qui manquent de maturité. Les principes de cette femme étonnante, qui a jeté un si grand éclat dans le monde politique et littéraire, sont d’une pureté incontéstablé mais les conséquences qu’elle en. déduit ne semblent pas toujours admissibles ; et, pour me servir d’une expression connue « son esprit a souvent été la dupe de son ai cxSar. » Madame de Staël avait voué un culte religieux à la mémoire de son père et jamais hommage ne fut plus sincère et mieux me’rité. Homme vertueux, administrateur in*- tègre, M. Necker, dans ses divers ministères, a rendu à l’état d’éminens services mais plus propre à manier les affaires dans un temps calme qu’à tenir le gouvernail an milieu des tempêtes, il ne parut pas avoir bien compris la révolution. ïl crut qu’on pouvait avec facilité donner à la France la constitution de l’Angleterre mais rien n’était préparé pour un tel changement. M. Bailleul en a développé les raisons avec une remarquable sagacité. La véri- table question en 1790 n’était pas de savoir quelles seraient Jes institutions protectrices de la liberté, mais si la liberté même serait fondée. M. Necker s’abandonnait aux séductions de l’espérance, à l’époque même où le choc des inté-