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LES AUTEURS
DE LA MINERVE
AU PUBLIC.

La société de gens de lettres qui rédigeait depuis un an le Mercure de France, vient d’en perdre le privilége par des circonstances qu’il serait trop long d’expliquer. Soumise à toutes les lois, esclave de tous les règlemens ministériels, elle avait subi, jusqu’à ce jour, les deux censures de la police générale et des affaires étrangères. Cependant le dernier numéro du Mercure a été arrêté à la poste. Pour quelle cause ? Nous l’ignorons. L’autorité frappe sans entendre, et le coupable est puni avant de savoir s’il fut accusé. Nous pouvions en appeler sans doute ; peut-être même fussions-nous parvenus à reparaître sous la surveillance d’une censure devenue plus ombrageuse. Mais avons-nous dû réclamer le privilége d’être froids, et l’autorisation d’être faibles ? Notre condescendance, quelle qu’elle fût, aurait-elle paru suffisante, et une soumission plus entière aux ordres du pouvoir nous eût-elle mis, par la suite, à l’abri de ses caprices ? On peut se résoudre à écrire sous le joug d’une censure qui protége quand elle surveille ; mais si cette censure elle-même n’offre aucune garantie ; si cette assurance, d’une espèce toute nouvelle, impose des charges à la propriété, et ne la préserve point, il est impossible à des écrivains qui se respectent, de se soumettre à un arbitraire qui met sans cesse leurs fortunes en péril, et qui fait dépendre le fruit de