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HISTOIRE

Moins d’une heure après, M. Corbon, vice-président de l’Assemblée, montait à la tribune et lisait avec une émotion profonde la lettre du général Cavaignac, qui annonçait à la représentation nationale son triomphe définitif sur le prolétariat révolté.

« Citoyen président, disait le général, grâce à l’attitude de l’Assemblée nationale, grâce au dévouement de la garde nationale et de l’armée, la révolte est détruite. Il n’y a plus de lutte dans Paris. Aussitôt que j’aurai la certitude que les pouvoirs qui me sont confiés ne sont plus nécessaires, j’irai les remettre respectueusement entre les mains de l’Assemblée. »

En même temps, on affichait sur les murs de Paris cette proclamation :


LE CHEF DU POUVOIR EXÉCUTIF, À LA GARDE NATIONALE ET À L’ARMÉE :


« Citoyens, soldats !

« La cause sacrée de la République a triomphé. Votre dévouement, votre courage inébranlable, ont déjoué de coupables projets, fait justice de funestes erreurs. Au nom de la patrie, au nom de l’humanité, soyez remerciés de vos efforts, soyez bénis pour ce triomphe nécessaire.

« Ce matin encore, l’émotion de la lutte était légitime, inévitable ; maintenant soyez aussi grands dans le calme que vous l’avez été dans le combat. Dans Paris, je vois des vainqueurs et des vaincus ; que mon nom reste maudit, si je consentais à y voir des victimes.

« La justice aura son cours. Quelle agisse ; c’est votre pensée, c’est la mienne,

« Prêt à rentrer au rang de simple citoyen, je reporterai au milieu de vous ce souvenir civique de n’avoir, dans ces grandes épreuves, repris à la liberté que ce que le salut de la République lui demandait lui-même, et de léguer un