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HISTOIRE

nent une pierre[1]. Les membres de la commission exécutive sont des Sardanapales gorgés d’or et repus de festins. On excite le prolétariat contre la bourgeoisie, les pauvres contre les riches. On en vient jusqu’à publier des listes de banquiers, de notaires, et d’autres capitalistes, en donnant l’indication de leur fortune.

Enfin l’annonce d’un banquet des travailleurs pour lequel quinze mille souscripteurs sont déjà inscrits dans les bureaux du Père Duchesne, et qui se rattache, dit-on, à un complot pour délivrer les prisonniers de Vincennes, est considérée par tout le monde comme un rendez-vous pris pour une insurrection générale.

Les nouvelles qui viennent de la province ne sont pas plus satisfaisantes. Dans un grand nombre de départements, la perception de l’impôt des quarante-cinq centimes que l’Assemblée a sanctionné est l’occasion de luttes à main armée. Le gouvernement provisoire n’avait rencontré presque aucune difficulté dans la perception de cet impôt, quelque pesant qu’il fût pour la petite propriété. Dans beaucoup de départements très-pauvres, mais républicains, il avait été recouvré avant les élections dans la proportion surprenante de 77 pour 100. Mais, à partir du mouvement électoral, les choses ont changé d’aspect. Beaucoup de candidats, pour se rendre populaires, se sont engagés à faire abolir l’impôt par l’Assemblée. Ils disent aux paysans que le gouvernement provisoire n’avait pas le droit de l’établir. Les agents de la candidature de Louis-Napoléon annoncent que le neveu de l’Empereur le payera en entier sur ses revenus, ou encore qu’il le fera payer par les Anglais. Il n’est jamais bien difficile de persuader aux pauvres gens qu’il leur est loisible de refuser l’impôt ; aussi le succès de cette propagande est-il rapide. Sur tous les points où elle s’exerce, l’impôt ne se recouvre plus qu’avec une difficulté

  1. Voir, entre autres, l’Organisation du travail, journal fondé par M. Clavel, négociant, appartenant au parti bonapartiste.