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CHAPITRE XIV

Le peuple à l’Hôtel de Ville.


Au bruit des crosses de fusil frappant à coups redoublés les portes des tribunes, à la vue de ces hommes ivres ou furieux, qui brandissaient, en poussant des cris menaçants, des piques, des baïonnettes, des coutelas, des sabres dont quelques-uns étaient ensanglantés, l’assemblée tout entière s’était levée comme en sursaut[1]. Les députés s’étaient précipités pêle-mêle, en franchissant les gradins supérieurs de l’amphithéâtre, vers les issues. La duchesse d’Orléans fut, comme je l’ai dit, emportée par ce mouvement. Le petit duc de Chartres, saisi de frayeur, se cramponnait à la main de sa mère ; un huissier enleva dans ses bras le comte de Paris. Quelques amis les suivirent. On se

  1. Cette seconde invasion de la Chambre des députés fut faite par une bande de 60 hommes environ qui venaient des Tuileries. Beaucoup d’entre eux avaient séjourné dans les caves assez de temps pour y laisser leur raison. La plupart s’étaient emparés des équipements quittés à la hâte par les gardes municipaux ; d’autres avaient mis à contribution la garde-robe des princes et des princesses. Le sergent Duvillard, qui s’était mis à la tête de ces insensés, pour tâcher de les contenir, parvint au bout de peu d’instants à les entraîner hors de la salle en leur proposant de marcher sur l’École militaire, et, avant tout, d’aller rejoindre une déesse de la liberté qu’ils avaient laissée sur le quai d’Orsay, où, montée sur un cheval de garde municipal, elle haranguait les dragons qui occupaient encore le pont de la Concorde.