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on venait de donner des ordres pour empêcher de tirer la nuit sur les aéroplanes de crainte de blesser un Français par erreur ; il y a toujours des espions à Belfort comme ailleurs ; dès le lendemain, on était prévenu de l’autre côté de la frontière et la nuit d’après, trois bombes nous tombaient sur la tête ; les seuls qui avaient le droit d’ordonner le tir, les officiers de garde des forts, se trouvaient cette nuit là dans un café avec d’aimables personnes costumées en infirmières puisque c’est l’uniforme adopté par elles ; cela va coûter cher aux officiers, mais ils ne l’auront pas volé.

Le lieutenant Weité qui nous raconte cela nous apporte quelques journaux de la région ; aucune nouvelle intéressante sinon l’élection du pape ; je suis heureuse d’apprendre que c’est un ami de la France.

2 heures. Je vais à mon tour au cimetière avec Mlle R ; ce n’était pas la peine d’être émue en passant la porte, on ne m’a pas demandé de permis ; il est vrai que cette porte n’est pas intéressante pour la défense. Je suis allée porter quelques fleurs sur la tombe des soldats et officiers morts à l’hopital militaire.

Comme il vaut mieux être tué net d’une balle que de mourir comme sont morts ceux-là.

Visites de Mlle de Barberac qui s’ennuie aux Anges, de Mme de N., de l’aumônier qui nous apporte des prunes, à moi le bismuth ! Le lt Obrecht nous envoie