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SLAVES DISSIDENTES ^ÉGLISES)

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nisation de Métrophane, premier évêque de Voronèje (J1703), canonisé en 183a, on donnait le détail de 31 guérisons, dont a4 avaient été opérées en faveur de femmes ou de jeunes tilles. On voit par ces exemples que le Saint-Synode était beaucoup moins difficile que notre Congrégation des Rites dans la reconnaissance des miracles. Aussi peut-on légitimement se demander si le mot de miracle est ici à prononcer, surtout quand on songe à la facile émotivité du peuple russe et à son penchant pour le merveilleux. Nous avouons franchement notre scepticisme à l’égard de tout ce surnaturel russe, qui paraît trop souvent, surtout dans la période synodale, un surnaturel de commande. On peut sans doute examiner la question : s’il est croyable que Dieu glorifie par de vrais miracles la mémoire de personnages ayant vécu de bonne foi dans le schisme ou l’hérésie et ayant mené une vie édifiante et sainte. Le problème est délicat. En faisant les distinctions voulues et en supposant certaines circonstances exceptionnelles, des auteurs catholiques n’hésitent pas à répondre par l’affirmative. Voir, par exemple, J. Porisky, De miraculis acatholicorum, dans Slavorum Utterae theologicae, t. III (1909), p. 69-72, et Léoncb de Grandmaison, Le Shadu Sundar Singh et le problème de la sainteté hors de l’Eglise catholique, dans les Recherches de science religieuse, t. XII (1922), p. 1-29. où l’on trouvera d’autres références. Sans rejeter absolument cette solution, nous voudrions, pour y donner une adhésion ferme, qu’on apportât des faits dûment constatés. Des faits miraculeux de cette sorte, opérés à l’intercession des saints russes, nous n’en avons pas encore rencontré, et nous penchons plutôt vers l’opinion du P. db Bonniot, qui a écrit :

« A ne considérer que les dehors, on rencontre chez

Ips hérétiques de6 miracles de guérison qui ressemblent de quelque façon à ceux de l’Eglise. Des maladies déclarées incurables par la médecine disparaissent à la suite de certaines pratiques religieuses, et le médecin, par une nouvelle déclaration, atteste la guérison. Mais quand on étudie chaque cas en particulier, on constate sans trop de peine que les hommes de l’art n’ont parlé que d’une incurabilité rela1 ve. » Lé miracle et ses contrefaçons, p. 217. La défiance que nous inspirent les thaumaturges russes morts s’étend aux thaumaturges russes vivants. Il en parut un en ces dernières années : le célèbre Jean de Kronstadt (f 1908). Le peu que des témoins oculaires ont rapporté de* prodiges accomplis par lui n’est pas fait pour entraîner la conviction, d’autant plus que la sainteté du personnage ne fut pas à l’abri le toute critique justifiée’. Cf. Revue d’histoire et de littérature religieuse, année 1902 ; Echos d’Orient, t. IX (1906), p. 44-46 ; t. X1I1(i 9 io), p. 233-234 ; A. Stærk, Ma vie en Jésus-Christ, par le P. Jean de Cronstadt, Paris, igo3, voir la préface.

C. Marques de l’approbation divine. — Les marques visibles de l’approbation divine sur une société religieuse sont de diversessortes.il y a d’abord la sainteté éminente, jointe au charisme des mira 1. Nous ne f.isons paa difficulté d’admettre que Dieu, par lui-même ou par l’intermédiaire de la Sainte Vierge et des saints catholiques, accorde quelquefois des faveurs miraculeuses à la prière de personnes vivant dans le schisme et I hérésie. Qu’il y ait des faits de ce ge nie, cela M paraît pas douteux. Ribk a, dans sa Brevit narratiô Bccletiæ moscmiticar, éd. Marlinov, Paris, 18"4, p, lâS161, raconte la guérison miraculeuse d’un adolescent opérée par Marie. Les missionnaires d’Orient entendent parfois parler de grâces de ce genre accordées surtout >ar la "ère de Dieu. Ces faits ne prouvent rien en faveur lu schisme ou de l’hérésie, mais s<>nt seulement un témoi.’na^e de la bonté de Dieu et de l’efficacité de la prière.

clc^ ; et de celle-là nous venons de dire le nécessaire pour ce qui regarde l’Eglise russe. Il y a ensuite la stabilité intrinsèque et la permanence de cette socii’té, malgré les obstacles et les persécutions du dedans et du dehors qui, humainement parlant, devraient amener sa ruine à brève échéance. De cette marque appliquée à l’Eglise russe, il a été en partie question plus haut, à propos de l’unité et de l’immut ilulité doctrinales, et il en sera question encore, quand nous parlerons de la situation actuelle de cette Eglise. Une troisième marque est la bénédiction visible de la Providence sur l’apostolat de- cette société et sa diffusion parmi les hommes, malgré la pénurie des moyens humains emploj’és et les obstacles à surmonter. Nous avons déjà dit un mot des missions de l’Eglise russe, tant à L’intérieur de l’empire russe qu’en pays étranger, et nous avons fait connaître les maigres résultats des missions étrangères. Sur le succès de la mission intérieure, favorisée de toute manière par l’Etat et disposant de ressources pécuniaires considérables’, nous pouvons fournir des renseignements suggestifs. Le peu de sérieux des conversions à l’Orthodoxie officielle opérées par le Missionerskoe Obchtchestvo (Société des missionnaires), s’est révélé au grand jour, après la proclamation de la tolérance religieuse, en 1900 2. Selon les statistiques publiées par le département des affaires ecclésiastiques des confessions étrangères en Russie, le nombre de ceux qui, du 17 avril 1906 au 1 er janvier 1909, ont quitté la religion « orthodoxe » se répartit comme il suit : i° 233. 100 personnes ont embrassé le catholicisme ; environ 168.000 de ces défections se sont produites dans le royaume de Pologne, et près de 62.000 dans les neuf gouvernements occidentaux ; 2 on a enregistré 14.500 passages au luthéranisme, dont 12.000 portent sur les régions avoisinant la mer Baltique ; 3° 50.ooo personnes sont retournées au mahométisme, dont la grande majorité se recrute dans les six gouvernements orientaux de la Russie d’Europe ; 4° H y a eu, en outre, 3.400 cas de retour au bouddhisme, 400 au judaïsme, et 150 au paganisme. Tserkovnyi Viestnik, 1909, n° 45 » col. 1543. Quant aux rascolniks, c’est en masse qu’ils sont retournés à leurs sectes. Cf. A. Palmikri, La Chiesa russa, p. 439-440. Ces statistiques sont humiliantes pour l’apostolat russe. Elles accusent des vices de méthode, en même temps que labsence de la bénédiction d’en haut. Qu’on fasse la comparaison avec l’apostolat catholique. La persécution violente enlève parfois au catholicisme quelques adhérents. Il a suffi d’un simple édit de tolérance pour enlever à l’Eglise russe des centaines de mille de fidèles.

3° La catholicité et l’apostolicité. — Ce que nous avons dit jusqu’ici suffit à montrer ce qu’il faut penser de la catholicité et de l’apostolicité de l’Eglise russe, avant la révolution récente. Renfermée tout entière, à peu de chose près, dans les frontières de l’empire russe, elle était tout imprégnée de l’esprit nationaliste. Un prélat russe, Mgr Nicolas, archevêque de Varsovie, donnaiten 1912, des aspirations de la haute hiérarchie cette formule aussi brève que claire : russifier tout ce qui n’est pas russe ; ortho 1- L’ensemble des missions russes de l’intérieur et de i’etrungfr, y compris la Société impériale russe de Palestine, avait, en 1914, un budget d’environ deux millions de roubles, soit plus de cinq millions de francs. Celait presque autant, que la somme dont disposaient les Missions catholiques, à la même époque.

2. Faisons remarquer que cet édit, dans sa teneur première, dura quelques mois à peine. On l’entoura bientôt de telles restrictions qu’on finit pur retomber dans I l’ancienne législation.