Page:Ades - Josipovici - Mirbeau - Le Livre de Goha le Simple.djvu/112

Cette page a été validée par deux contributeurs.
95
LE LIVRE DE GOHA LE SIMPLE

— Et toi de rester tranquille ! répondit Mirmah en tremblotant. Ce matin même tu as refusé de préparer des gâteaux de dattes pour Nour-el-Eïn.

Nour-el-Eïn et Mabrouka sentaient que la dispute de leurs servantes respectives était une réplique de leur propre antagonisme. Et cependant elles affectaient de s’en désintéresser. Nour-el-Eïn gardait son sourire immobile et Mabrouka son air dédaigneux, mais l’une et l’autre écoutaient le dialogue des deux vieilles, se réjouissant intérieurement suivant que la riposte tombait de la bouche édentée de Mirmah ou des lèvres épaisses de la cuisinière.

— Vous êtes dans cette maison depuis six mois et vous vous croyez les patronnes depuis toujours !

— Et certainement ! Est-ce notre faute si le cheik trouve que la peau de Nour-el-Eïn est plus douce que le velours ?

— Non ! la vie n’est plus tenable ! Voici maintenant qu’on se cache pour voir passer des jeunes gens.

— Tu parles pour toi-même, riposta Mirmah qui avait saisi le ridicule de ce reproche.

Mabrouka résolut alors d’intervenir afin de réparer la maladresse de la cuisinière.

— Moi, je suis venue pour le cheik, dit-elle avec hauteur en lançant un regard méprisant sur Nour-el-Eïn.

Nour-el-Eïn ne répondit pas.

— Moi, je suis venue pour le cheik, répéta Mabrouka que le silence de sa rivale exaspérait.

Cependant la jeune femme s’était levée, elle