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force, il réussit à serrer les mains de neuf juges. Ensuite il s’établit commodément au milieu du siège, tira de sa poche quelques notes, nous envisagea tous à la ronde, et, d’une voix tantôt paisible et tantôt narquoise, présenta sa défense.

C’était un homme de quarante ans, large et solide, assez ventru, mais sans lourdeur. J’admirai le visage rasé à la mode américaine, les cheveux blonds séparés par une raie médiane jusque sur l’occiput et plaqués le long des tempes, la lèvre grasse et moqueuse, l’élégance toute neuve d’une redingote à revers de soie, d’un col haut et rabattu, noué d’une petite cravate feu que maintenait un coulant d’or. Ses doigts trapus étaient ornés d’ongles en ogives et d’une chevalière à cachet simple. Tout révélait un personnage soucieux d’en imposer au vulgaire, par l’extérieur, et sûr d’y parvenir. Il eut la parole nette, vive et bonasse, les gestes calmes, la teint immuable. En somme, il recommença l’argumentation sournoise du président, mais appuya d’une manière plus désobligeante sur l’imprévoyance et l’avarice soupçonneuse du Contrôle. Il s’en était fallu d’une légère subvention délivrée à ce docteur Goulven pour que la Société eût acquis, en tournant les difficultés de la loi, par les moyens habituels, la propriété d’un médicament souverain, difficile à préparer, impossible à contrefaire, véritablement sauveur. Lui, simple agent général, n’avait pas cru devoir enfreindre les prescriptions du fâcheux statut. Cependant il avait tenté l’impossible pour obtenir, du moins, que le docteur Goulven poussât plus avant ses expériences pratiques. M. Guichardot avait même imaginé une sorte de commandite assez particulière. Malheureusement, des scrupules trop délicats avaient contraint le docteur de refuser. A son grand