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Il m’interrogeait en savonnant ses mains dans une petite fontaine de zinc clouée au mur, avec sa cuvette et sa coquille.

— Mais alors, cela ne te vaut rien de courir la campagne à bicyclette par tous les temps ! Tu devrais d’abord guérir ta cachexie… Il y a des remèdes connus, sapristi !

Il ricana :

— Oui, cesser tout travail, un an ou deux. Séjourner sur les montagnes de l'Engadine. Promenades en voitures. Bannir les soucis. Abandonner toute préoccupation intellectuelle. Être végétagif, et millionnaire.

— Et il y a des sots pour prétendre que la fortune ne fait pas le bonheur !… D'abord elle procure la santé.

— Bah ! — fit-il en plaisantant, après un silence. — J’achèterai une bouteille de Régénérateur Guichardot ! Et je boirai la fin de mes misères… À propos, j’ai vu des affiches sur tous les murs de Nantes, de Quimper, de Lorient, de Vannes… Il y avait peinte dessus, une cocotte qui soulevait des haltères monumentales, tandis qu’un vieux monsieur retroussait la pointe de ses moustaches !

— Un symbole, un pur symbole !…

Je flairai qu’en nommant le Régénérateur, il essayait d’apprendre si la Compagnie des Produits pharmaceutiques l’aiderait. Je crus devoir détourner la conversation :

— Perdrot, notre vieil ami Perdrot, tu te le rappelles : l’ingénieur en second des services sanitaires ? Oui… Perdrot m’a dit que ta belle-mère t’avait légué des immeubles.