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62 LE sauveur Nom hors des colonnes et des murailles retentissantes, parmi les sons des bugles, les versets des chantres, le tonnerre des tambours, et les pointes des cierges ` éteints. Beaucoup bayèrent à la Sainte comme si le miracle devait se produire. Sans doute, ils attendaient · qu’elle s’animât, qu’elle descendit de là-haut, par le chemin des airs, avec la Vierge, pour les aimer de plus près, pour toucher les blessures des âmes et i prononcer les paroles qui guérissent toutes les peines ‘ secrètes, toutes les lassitudes enfouies derrière les figures ridées, les rictus douloureux. A mon côté, Goulven lui-même tourna la tète vers la statue cou- ronnée de soleil. Il demeura, quelques secondes, en _ extase, saisi par l’enthousiasme sourd et vigoureux de sa race devant l’espoir du ciel. S'observait-il, demi- ' _ croyant par la force des atavismes, et demi-sceptique par les conseils de la science? Madame Hélène l’exa- minait. Nous échangeâmes une idée muette en hochant la tête. Il nous parut loin de nous, reculé soudain au fond du passé sous la bénédiction épisco- pale de deux doigts hiératiques et rustiques, ornés J d’une améthyste. Je ne sais pourquoi, mais il ine sembla que je triomphais. Entre madame Hélène et ma sardonique personne venait de s’établir une com- plicité intime. Elle dura même. Car presque aussitôt nous aperçûmes, au nombre de celles qui suivaient la châsse et les chantres, l\l‘“° Goulven, plus pâle que de coutume, et transtigurée par la grâce de la communion. Elle s’avançait, le justaucorps sanglé sur ses formes de grande tillette, les cheveux blonds noués sous la nuque frêle, et les mains unies sur le livre d`heures. Son mari la contempla, nerveux, presque larmoyant. Ellele discerna parmi la cohue