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LE SERPENT Nom 61 veille, n’étaient que des compliments de salutation ou des maximes relatives aux incartades fâcheuses du climat. De cette religion qui les attirait tous au ' parvis de Sainte-Anne les Bretons ne s’entretenaient guère. Leur prudente piété_semblait craindre d'être trahie par le langage. Nous retournions vers la basilique, entraînés par nos voisines aux larges dos et nos voisins aux coudes _ combatifs. Sur les marches du portail, les bannières de la_procession commençaient a luire. Bientôt les _ cuivres bosselés de la fanfare, la grosse caisse, un essaim d'abbés nu-tête et affairés, un peloton de jou- venceaux décorés d’un sacré-cœur en broderie, se précipitèrent, repoussèrent les enfants curieux. L’hymne grêle s’envola de la nef béante; et la pro- ` cession sortit entre les fidèles agenouillés sur les marches. Avide de voir la chasse et son baldaquin doré, la cohue nous bouscula. Moins haute que son parapluie, une petite fille se glissa devant madame Hé- lène et se olapit dans ses jupes. Je faisais îlot juste au milieu d’une famille ouessantine, dont les yeux ` clignaient, comme sous la brise de mer, au spectacle de la musique, des oriflammes, des chantres en surplis, de l’évêque mitré, de sa crosse orfèvrée, des ohanoines portant l’hermine, du deuxième évêque majestueux et corpulent, du troisième, bruni comme un marin, de toute la série de Bretons bai- sant leurs chapelets, croisant les bras, fermant les ` paupières sur le souveuir de la communion récente.- _ Immense et neuve, l’église élevait aux nues la _ statue géante de sainte Anne, qui regardait mugir à ses pieds la ferveur des chrétiens. Toute une nation _ de fermières noires aux coiffes blanches pullulait 4