Page:Adam - Le Serpent noir (1905).djvu/52

Cette page n’a pas encore été corrigée


· LE smnreur Nom 47 Ne préférerait·elle pas qu‘il fût un saint émacié des vitraux, les yeux heureuxau ciel, et le col tendu vers le glaive du tortionnaire? , « Si je m'appelais Goulven, — pensais-je, — je deviendrais l‘amant de madame Hélène qui me présen- terait à ses amis parlementaires, à la société des ministres. Alors je m’assurerais une clientèle opu- lente. Le sérum Goulven guérirait les fils des am- bassadeurs, les millionnaires, les boursiers, les 1 actrices... Ce serait une excellente publicité, meil- · leure que celle de la compagnie anonyme pour le lancement des produits pharmaceutiques!... » Je songeais à cela pendant que la veuve admirait le profil du docteur, ses cheveux à demi longs et plats, ses yeux purs de marin, son corps fagoté dans un costume de cycliste, ses grandes jambes guêtrées comme celles des vieux Bretons. Lui aussi tenait contre sa poitrine un chapeau rond cerné d'un velours, et un chapelet d’agate que sa femme lui avait mis aux doigts tout à l’heure. —- Est-il le Celte parmi les Celtes, hein, ma mère! — disait à M"' La Revellière sa bru en extase devant ce type de chouan maladif et mystique. -. Nous cheminàmes plus avant. J’aba11donnai ma supposition. Ou, plutôt, je la modifiai, m’adjugeant l’espoir de séduire la veuve et dfacquérir, par son entremise, les influences qui me font encore défaut ' dans le monde officiel. Aussi je me rapprochai de sa fille et de sa belle-mère tout occupées à se réjoui1·par· mi desenfants vêtus, comme les grandes personnes, ·de robes longues, de tabliers à bavettes, de mitres higoudines, de hennins, de tiares à la Pontivy, ou de .capelines lorientaises. *