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386 LE SERPENT NOIR _ igrouille, sous les planches bariolées des enseignes, une foule sournoise, digne, ·m-archandant la viande rouge de l‘étal et les parfums du thé en monoeanx, admirent le potier qui hâte, de ses orteils et de ses doigts, la rapidité du tour. · Francbi le détroit, notre steamer defonça les heulcs de l’Océan. Il s’isola dans l’espace d‘eaux lourdes et croulantes. Le vent du large retroidit nos membres, et secoua le prélart tendu contre la balustrade de la passerelle. Mm La Revellière craignit que Gilberte ne sfenrhumat: elle la tit descendre dans le salon. Comme l`enfant maussade pleurnichait, sa mère dut lui donner l’exemple en les accompagnant. Nous demeurâmes, les Goulven et moi, près du timonier velu qui poussait, retenait la roue verticale de la barre. aux injonctions du capitaine. Les mâts se penchaicnt îv. tribord, se redressaient dans le ciel bleuatre avec les angles aigus de leurs cordages, puis inclinaient a ' bàbord vers les vagues creuses et miroitantes. Le 'vaisseau roulait doucement, berçait ainsi les mois- sonneurs. Ils devisaient, assis a croppetons sur le pont d’avant, pour le rire des tileuses dont ils ` itiraillaient les navettes. Une grande paix fraîche . venait du ciel. Le biniouexhalait tantôt ses joies alertes, tantôt ses plaintes douces. Une voix féminine chanta 1 ` l Qu’avez—vous donc, la belle, Qu‘avez—vous à—à pleurer 9... C’était un`mode triste et lent que le musicien ampli- — tiait en dégonflant la panse de son instrument brodé, en précipitant le jeu de ses phalanges sur les trousde