Page:Adam - Le Serpent noir (1905).djvu/385

Cette page n’a pas encore été corrigée


380 LE sauveur Nom ` de·ses lèvres. Je ne sais pourquoi elle m’inspira sou- —dain quelque ,mépris. Rien de son esprit n’aimait alors Jean Goulven. Seul ‘l’instinct de cette créature _ intelligente la commandait. ll me parut qu’elle s’était tout a coup muée, sinon en bête, du moins en une coquine assez vulgaire. Passe quelques `minutes, je me rendis compte de mon injustice. Précisément, je reprochais ai l`énergie de sa nature ce que j’exigeais du docteur. Il me déplaisait qu’elle obéit à de francs appétits; et je traitais Goulvende lâche, 'parce qu’i1 n’y cédait pas. A cette incohérence de ma logique, je pus mesurer combien l’exemple de la sottise ·ambiante avait déja serieusement engourdi ma conception virile des faits. Ceux que je prétendais vaincre émousseraient-ils d'abord mes armes? Un mois plus tôt, j’eusse loué cette vigueur passionnelle de la jeune veuve, comme '— une preuve de santé morale. Aujourd’hui, faussée par I tant de vicissitudes, ma raison condamnait presque une si·noble franchise. ' · En quoi de chétif, de pitoyable, s’était changée ma force? L’atmosphère de l’Armor, la gronderie de l’0céan formidable, le ricanement des vieilles façades ventrues, m’avaient-ils rendu semblable ài ces Bretons résignés comme des enfants sous la férule? Et je connus que la vérité de mon être était en péril. Déja m’infectait l’endémie de cette province. Il me parut qu’enfermé sous la cloche de ce ciel pale, assiégé par les assauts du vent, je chancelais dans un u asile précaire, au sommet du phare que le cap de blocs et de cailloux humides élevait par—dessus le cercle des champs, des eaux. I _ J’eus le sens d`une débilité. N’allais-je pas devenir