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378 ' LE SERPENT Nora. * champs malingres d‘orge et d’avoine, poussés dans les phosphates du sable. Sur les landes désolées paissent les vaches presque immobiles. La route droite et sablonneuse ·brille jusqu’aux clochetons de Saint-Nona, l'église du vieux Penmarch, cité d`ar- · mateurs jadis prospère, et qui, dans son architecture précieuse, fragile; moussue, arbore leurs armoiries : une nef remplie de sages nautouiers. Nous l’avions visitée en venant. L’automobile s’était arrêtée sous le mur qui étaye l’humus du cimetière, Nous avions _f0ulé les tombeaux étroits et courts. Dans un coin, il y avait un tas d’ossements bruns ôtés des fosses pour qu’elles accueillissent les nouveaux défunts. Nous avions passé sous les porches aux niches vides, aux bancs de grès. Nous avions, dans l`intérieur, fait sonner, sous nos pas, les dalles disso- ciées du chœur: la tant d’houimes râlerent égorgés durant les guerres de religion!·Et, de tout cela, de¢ meurait, au cozur des dames, une angoissante tris- .esse. En leurs âmes était la même désolation que sur ce cap ras effondré dans la mer, au bout de ses champs maigres, et honnipar les salives du flot, par les hurlements de la rafale. Elles ne se déridèrent pas, quand une troupe d'éco- lières bigoudines envahit, avec leurs freres espiègles, _le kiosque de verre. Nous nous montrions les vagues boursouflées et dressées contrr les blanches lumières du ciel. Mais si M'" La Revellifrre et Gilberte se plu- `-rent au spectacle de'cette géographie tragique, ma- - dame Hélène et moi guettions ce qui nous révélerait le véritable état des Goulven. Ils ne se quittaient pas. Silencieux, atterrés, l’un contr«· l’autre, ils souffraient continûment. Leurs mines hàves dénonçaient les