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372 LE sauveur Noni mouettes grises et blanches se jouait, du ciel au iieuveu. Ayant avisé cette forme féminine à travers la guipure du rideau, un lieutenant `ralentit sa marche, ` darda l’oeillade, alla, revint, feignit d’attendre quel- ques-uns de ses camarades, sur le trottoir; il alluma une cigarette. M'" Goulven ne détachait pas ses yeux de ce joli garçon, de la balustrade ’en fer, de _ Pesplaxiade morne et déserte, du ciel gris. Elle mur- murait; —- Une erreur... Est—ce une erreur'!.. . Jeanva s’af— faiblir... Il peut mourir... Voilà le fait réel... Et mon affection ne peut le sauver de cela, ni lui, ni les mil- liers de vies qu`il ressusciterait. Voila... Telle est l’évidence. Je ne peux pas lui donner l’argent, ni le repos, ni chasser les peines qui, peu à peu, le dé- truisent. C’est comme si· je n’avais, devant ces cala- mités, ni cœur, ni volonté, ni membres, ni paroles... C’est comme si j’étais, devant cette oalamité, un cadavre déja,... un cadavre;... oui, un cadavre inerte,... stupide, inutile,... un cadavre... Je ne sers à rien... Et, de l’autre côté, voici une femme... Elle tient dans ses mains la fortune, et, dans son cœur, l’amour... un amour capable, le sien, do reprendre à la mort l’homme que je chéris plus que tout... Elle peut, elle... Elle peut. Moi,je ne puis pas... Et vous . me demandez si je dois sacrifier la vie de Jean comme vous avez sacrifié la vie de la servante ?... Et sije ré- ponds : « Non, nou... »; si ·ma conscience crie : « La charité veut que tu t’imm0les pour celui qui ressus- citera tant de vies » ; si ma conscience crie cela, vous ·me dites, vous, que je suis dans l’ei·reur,... dans l'er— reur !... Non, ce n’est pas l’erreur! C’est effroyable... C’est... Ce n’est pas l’erreur!