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5 J LE shnrmrr Nom 359 soigner sur son état moral ; mais je craignis de pous-

  • ser à bout sa femme. J’évitai même de répondre

joyeusement aux plaisanteries de Gilberte qui sautait · de roche en roche, se perchait à la pointe des blocs, sur ses fines pattes hâlées. Elle visait les bonds dela mer avec son objectif, et lançait des cris de victoire, après le bruit du déclic. Je m’en tins ai rassurer sa grand’mère sur les imprudences de l'espiegle.Ce· pendant madame Helene les invitait à concevoir les magnificences de l’étendue vague et mugissante, pa- reille a ce que durent être les apparences de la vie élémentaire, lors des origines : , ' 4- Est—ce que cela ne donne pas l’envie de créer des formes qui fixent les mouvements gracieux ou " vigoureux de ces eaux fluides, et qui,_dans ce chaos de roches, déterminent des ensembles harmonieux?... On s’explique comment les démiurges voulurent · l`animal qui contient le mouvement des eaux dans une apparence persistante. Il faut créer sans cesse. Il faut nous modifier sans cesse, au moins... Vous avez raison, monsieur Guiohardot : il faut se dépasser! — Si l‘on peut! — répondis-je d’une voix triste. ` —- Si l’on veut! — rétorqua madame Hélène... ·-—— Oui, mais vouloir est difficile... M"*° Goulven eut un soupir rauque. Je considérais les trois êtres en qui germait sourdement, doulou- reusement, passionnément, la graine de mes semailles. Certes j'avais, moi, modifié le terrain de trois cer- veaux, de trois cœurs, de trois pensées. AJ`avais créé eneux de nouvelles forces libératrices et destruc-, tives. J ’avais saisi les mouvements fluides et indéfinis `de leur esprit pour les agglomerer en vœux ardents et tenaces, en désespoirs féconds. Je n’avais pas con-