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satisfaire un absurde amour-propre au moyen du crime passionnel est moins urgente. que celle de nourrir un corps ravagé par la misère, fût-ce au moyen d’un meurtre. N’est-ce pas?... Mais l’opinion accorde son indulgence a l’affreux égoïsme de l’amour, a tous ses forfaits. J’ai connu un Anglais satanique à la maniere de Poë. Longtemps, il servit dans les troupes de la Reine, aux Indes et au Soudan. Des rebelles bindous -et nègres, il en a décimé, là-bas, à foison. Malade, il dut abandonner son régiment. Mais il a conserve la manie du·meurtre.‘ Comment faire pour ne pas encourir la sévérité des lois européennes ?... C’est facile. Il égorge successivement toutes ses maîtresses, après avoir introduit dans leur intimité de jolis garçons qui ne manquent pas de les séduire. On l’a condamné, sous des noms différents, à des peines dérisoires, et même acquitté, dans les prétoires de Paris, de Berlin, de Rome, de Séville, de Milan, de Budapesth. Sauf deux fois, les chefs d’Etat l’ont gracié. Sans trop de dommage, il assouvit les délires de sa névrose. Les mœurs de tous les pays admettent le droit d’exterminer qui l’on aime. Ainsi le consentement universel excuse l`égoïsme de l’amour poussé à l’extrême jusqn’au besoin normal d’assassinat.

Mme Goulven secoua la tête, et déclara que ces horreurs étaient le résultat de la débauche, non de l’amour.

— Deux noms pour la même chose, — ripostai-je;

— n’importe !...

Malicieusement, je la regardais dans les yeux, certain de tenter le suprême assaut de ses meilleures certitudes :