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’LE _sEm>En·r Nom 343 ser les arguments, à discuter les détails, à riposter, à · se défendre, a renouveler les attaques, à pleurer, à se lamenter, à supplier et à raisonner, tout l’élan néces- saire pourle belhéroïsme de la détermination s’anéan— tissait. Trop de loisir avait été laissé à la réflexion, depuis la promenade dans Concarneau. Je me repro- chai d’avoir fui les blâmes du matin. Peut-être au cours de la querelle, aurais—je pu faire triompher mon insidieuse dialectique". L’ai1tomobile nous amena, le lendemain, a la pointe du Baz. Glauque et blanche, la mer y char- riait des pays d’écumes, et moussait contre les récifs. 4 De ses vapeurs, elle cachait l’ile de Sein, voilait l’îlot qui, par-devant le cap, élève un phare annonciateur des périls. Le vent nous battait de ses rafales sif- flantes. Il nous collait contre les hautes roches du chaos que nous explorions prudemment, derrière un guide. Vers nous l’0cean projetait d'en bas ses hydres .échevelées, furibondes, qui retombaient en ruisse- lant au fond des gouiïres pleins de vagues rageuses. De bloc en bloc, nous cheminions dans ce lieu sinistre. Enfer stérile, désert de granit concasse qui, de ses cimes, cache le ciel même. La neige jaunâtre des embruns volait sur nous. Un pic abrupt obstruait _ l’espace. Nous nous semblions minuscules et chétifs ` dans cette "montagne eboulée jusqu’aux hurlements des flots. Leur cavalerie s`élançait, à droite; en longues lignes bondissantes, dans la baie des Tré— passés, courbe solitaire et morne, comme il sied à_ Fendroit ou le courant colporte les cadavres des naufrages. Les fracas des cascades surgies, et les mugissements de la bourrasque étouffaient nos ap· pels, nos propos.